Le droit protège la propriété, mais qui protège la famille de ses propres secrets ?
Pour la famille de maîtres de forge et de juristes éminents, les vacances au château familial dans le Sud-Ouest sont un rituel sacré. Entre deux déjeuners au soleil, on y dissèque les arrêts de la Cour de cassation avec passion. Mais derrière l’éclat des diplômes et le prestige des vieilles pierres, une guerre froide déchire la fratrie : le château est le trophée que tous convoitent, symbole d’un pouvoir que l’argent seul ne peut acheter.
Dix ans plus tôt, la grand-mère, pilier de ce clan, a disparu sans laisser de trace. Une disparition que certains ont vite classée au rayon des oublis commodes, notamment la belle-sœur du châtelain, qui voyait en elle une intrigante à abattre.

L’équilibre rompt quand le fils de la maison présente sa nouvelle conquête : la fille d’un syndicaliste ouvrier. Pour ce clan de robe, elle est la « louve » entrée dans la bergerie. Mais quand l’une des jeunes étudiantes de la famille est victime d’une agression sauvage au sein même du domaine, les masques tombent.
Alors que les juristes s’enferment dans le déni pour protéger le nom et le patrimoine, c’est « l’étrangère », la fille du syndicaliste, qui va recueillir les confidences de la victime. En plongeant dans les non-dits du château, elle découvre que la violence n’est pas un accident, mais un mode de vie transmis sur plusieurs générations. L’argent n’a pas seulement acheté le silence, il a nourri un monstre que la loi ne peut plus contenir.
extrait :
Je lui avoue que personne dans la famille ne parle des oubliettes et surtout des squelettes. je me questionne si je suis le seul à les avoir aperçus, j’en doute, mais le silence est assourdissant, et peut-être même évocateur d’un lourd secret. Au cours des années en me baladant au sein du sous-sol, j’en ai compté treize. Ce nombre correspond à des personnes décédées entre le dix-huitième et le dix-neuvième siècle. Selon mon jugé, deux ou trois mordent sans vergogne sur le vingtième. Ce domaine a toujours appartenu à ma famille. J’émets l’hypothèse qu’un de mes ancêtres était un meurtrier. Au-delà de la révolution que valait la vie humaine, les morts ne devaient être qu’une virgule dans l’histoire d’une province. Elle me souligne que la faim et la soif les ont surement envoyés vers le monde sans retour. J’acquiesce en reconnaissant que les ossements ne révèlent aucune blessure. Un coup de feu sur le crâne occasionnerait un trou qui marquerait l’emplacement de la balle. Je lui propose de revenir sur nos pas, en ne faisant pas de bruit à cause d’Élodie. En arrivant au niveau où devrait se trouver Élodie, nous éteignons les torches, et marchons à tâtons. Une plainte commence à se percevoir à l’intérieur d’un murmure, ce léger bourdonnement qui n’est pas plus important que le souffle du vent sur les feuilles monte en crescendo. D’un mouvement de ma main, je lui demande de s’accroupir, nous continuons à quatre pattes. Le chant devient plus distinct, ce n’est plus un bruissement d’abeilles ni un ronflement d’orgue. Soudain, on l’aperçoit, elle a fracassé l’obscurité, assise au milieu d’un cercle de bougie, revêtu d’un teeshirt, cuisses nues, elle semble prier en levant les mains comme si elle désirait fendre l’air. Je regarde Magdalena en exécutant un vrillement d’un doigt vers ma tempe, je lui montre ma cousine. Elle hoche de la tête en guise d’acquiescement. Je lui propose de taper sur une porte, elle frappera sur celle située à une vingtaine de mètres, moi sur celle logée à deux mètres. Quelques minutes plus tard, je cogne d’un coup le battant, puis elle m’imite. Élodie essaie de percevoir quelque chose, une forme blanche apparait derrière elle, un vent glacial éteint les bougies.
— Sébastien, tu n’es qu’un idiot !